SULAMITE 2

 

blebul1a.gif (1048 bytes) -RETOUR-

 

Vêtu du manteau pourpre je ne pouvais édifier.

Piètre consolation que ce manteau royal pourpre du sang versé, mais nécessaire. Comment entrer aux noces sans l'habit du fiancé ?

Époux fidèle, il me faut à présent charger le poids de cette union qui m'éloigne de la tendresse originelle. Toison écarlate, désormais nécessaire, je l'accepte au nom de mon amour.

L'erreur est consommée, la mort veut faire son œuvre. Le temps presse, il ne faut pas réveiller l'amour avant que les temps ne soient révolus. Douloureux devoir, celui de convaincre d'amour quand l'âme ne s'y prête pas. Ne crains pas oh ! Ma sœur, ma fiancée, je vais à la victoire, fort de notre amour.

Mort, où est ton aiguillon ? Ne vois-tu point que je porte en moi la semence de vie ? C'est au centre de ton royaume que je proclame ma victoire. L'amour est plus que l'erreur, la miséricorde plus que la haine. Rends-toi à l'évidence, acceptes ton inévitable défaite, elle n'est plus qu'un obstacle surmontable, tant l'amour est fort. Rends ceux qui sont à moi, ne les retiens plus. Pour un temps tu les as gardés, mais celui qui te parle a reçu autorité pour donner et pour reprendre. Soumets-toi car le fils fait ce qu'il a vu auprès du Père. Je suis prêt à payer le prix de leur liberté, car telle est ma destiné. Bien que sans commerce avec l'erreur ou la chute, j'ai disposé la rançon. Concluons l'échange, la route est longue et la récompense désirable. J'ai hâte de revoir mon amour dans le jardin aux arômes où il fait bon aimer.

Devrais-je te convaincre encore, n'est -il pas évident que la brebis s'offre au sacrifice, alors même que le poignard est déjà levé, prêt à faire couler le sang. Lâches prise, accepte le prix, le Roi est souverain et généreux, mais il est le Roi et tout lui est soumis. Ne te trompes pas, car si pour un temps je suis abaissé, le royaume appartient au fils qui a été investit de tous les pouvoirs.

L'échéance a porté de pierre, la charge accablante, mon corps usé et mal traité par tant de batailles, cherchait le réconfort d'une aimable présence. Ni mes reines, ni mes nombreuses concubines ne surent donner l'arôme de la mandragore digne du Roi au comble des souffrances dues aux peines d'autrui.

La nuit tombe sur mon âme, la fraîcheur de la rosée prochaine s'installe, rien ne peut me réchauffer, soixante sont les reines et quatre-vingts les maîtresses, et les adolescentes sans nombre.

Les serviteurs redoublent d'efforts sans pouvoir me réchauffer. Rien n'y fait, il faudrait chercher pour notre seigneur, dirent-ils, une jeune fille vierge ; elle serait au service du roi, elle lui tiendrait lieu de femme ; elle partagerait son lit et notre seigneur le roi aurait chaud.

Quelle était belle la Sulamite ! Elle tint lieu de femme et servit le roi ; cependant il ne la connut pas.

Elle est unique, ma colombe, ma parfaite. Dans ma solitude, tu m'as réconforté, j'étais abandonné de tous et tu m'as accompagné. Le moment ultime se profilait et tu étais là à mon chevet. Dénudés à nouveau, nous allions franchir ensemble le pas pour lequel j'étais venu.

Elle s'est allongée dans ma couche, la Sulamite, digne, aimable, seule capable de me donner un dernier souffle de vie quand le froid de la nuit m'envahit. L'heure des noces n'était pas arrivée, mon rêve de bâtisseur s'évanouissait au profit d'un calice de douleur qu'il me fallait boire jusqu'à la lie.

Conclusion de toute une vie de luttes et de batailles pour reconquérir ce royaume qui était le mien. Perdu pour l'amour d'une femme, c'est dans le sang et la douleur que je retrouverai le chemin de la victoire. Pour enfin clamer à tous vents : j'ai vaincu le monde !

Mais au plus fort de la bataille apparut encore le visage de ton humanité capable, d'une même voix, de bénir et de maudire.